Histoires de bars.

Mon problème, c’est que j’adore être assise seule au comptoir d’un bar. Je n’ai généralement même pas mon téléphone à portée de main. Je suis juste là, posée, tranquille. J’observe les gens, le va-et-vient des barmen, des clients, des commandes.

Ce que j’aime le plus, c’est qu’on finit toujours par parler à ses voisins-voisines, et qu’on se fait bien souvent payer une ou deux tournées de shooters.

Une fois à New-York j’ai rencontré une fille qui avait le contrôle du jukebox du bar sur son cell. Annie. On a mis nos morceaux préférés toute la nuit en chantant à tue-tête. Une autre fois, j’ai raconté ma vie entière dans les moindres détails à Marie-Anne, qui attendait son mec au bar d’un karaoké miteux du quartier italien à Montréal. Elle a fait pareil, on s’est échangé nos numéros de téléphone en se jurant qu’on se reverrait. Ce n’est jamais arrivé.

Mais le plus souvent, évidemment, je rencontre des gars.

J’ai déjà embrassé à pleine bouche, après trois coupes de mousseux descendues bien trop vite, un homme venu du Grand Nord canadien, Chris. Il avait 54 ans et des lunettes tordues, il revenait d’une game de hockey, je l’ai trouvé parfait et viril et sage sur le moment, mais je me suis enfuie pendant qu’il était aux toilettes.

J’ai aussi rencontré Jay, qui vit à Shanghaï. Ça n’a pas pris deux minutes pour qu’on coure prendre un taxi et qu’il ne parte plus de chez moi avant le surlendemain. Après un formidable marathon de baise, j’ai cru à l’homme de ma vie. On s’est revus le temps d’un week-end à New York et on n’avait absolument rien à se dire.

J’ai passé  le nouvel an 2016 avec Mike, un policier de la NYPD sur-musclé, rencontré au comptoir d’un bar irlandais de l’Upper East Side. Il est arrivé avec sa copine. On s’est vus, on s’est souri, il est reparti puis revenu une demi-heure plus tard sans elle. Ce soir là j’ai offert ma première feuille de rose de façon totalement spontanée, en mode bonne résolution cul. On a sextoté quotidiennement pendant des mois avant que je réalise qu’il était pro-Trump. Je l’ai bloqué de mes réseaux sociaux.

Récemment j’ai partagé trois shooters de vodka-pickle avec un barman de 24 ans dont je ne saurais dire le prénom, avant qu’il ne m’offre un petit bonbon à la weed. C’est donc totalement euphorique que je l’ai suivi dans sa coloc’ de 7 gars, que je l’ai laissé me malaxer les seins de façon très malhabile et que j’ai fini par passer la nuit à vomir dans ses toilettes à la propreté douteuse avant de partir en Uber, mes yeux exorbités et cernés de mascara coulant.

À Paris j’ai fréquenté Pacôme, un barman sexy qui travaillait chez Dédé la Frite, dans le quartier de la Bourse, ça ne s’invente pas. Un soir où je l’attendais au comptoir pendant qu’il travaillait, on a fêté la fin de son service aux toilettes, par derrière, sans préavis. C’était laid et pur en même temps. Il m’a dit je t’aime. On s’est quittés le lendemain par SMS, d’un commun accord.

Un été, enfin, alors que ma copine venait de partir avec un gars, j’ai rencontré Jasmin qui m’a proposé de partager de la cocaïne. J’ai dit que c’était un peu cavalier comme première approche alors il m’a offert un verre. On a parlé de sexe très vite et il m’a avoué être un dominateur. J’ai exprimé mon goût pour la pratique et il m’a proposé d’aller chez lui, au coin de la rue. Je l’ai suivi, on a tenté de baiser, il m’a frappé les fesses et les seins, mais il était tellement drogué qu’il ne bandait pas. On a décidé d’arrêter et d’aller plutôt boire des bières sur sa terrasse. On a regardé les étoiles enroulés dans un plaid en se caressant les cheveux mutuellement. J’ai pris son numéro et je l’ai appelé «Jasmin Grey», en référence au 50 terriblement ennuyeuses nuances. Ça nous a fait rire. Je suis rentrée chez moi au petit matin, des bleus sur les fesses. On ne s’est jamais revus.

 

📷@urbansocietyy

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *